Recruter un Community Manager

A l’heure actuelle, les codes, la culture et le langage propres au web continuent d’échapper à nombre de recruteurs. Et alors qu’on recrute un Community Manager autant sur son expérience du web que sur son CV, est-il toujours évident de prendre appui sur ses profils sociaux pour en apprécier la valeur ?
M’étant retrouvé en position de recommander des Community Managers, j’ai tenté de déterminer les points qui me semblaient particulièrement éliminatoires, si l’on souhaite engager sa stratégie de communication sur les réseaux sociaux, de manière durable.



Le Community Manager qui carbure à l’égo. Et passe plus de temps à faire son branding qu’à s’occuper de ses clients (hypothétiques)

Sur Facebook, l’usage des pages fans est réservé aux entreprises, aux marques et aux personnalités rassembleuses, les VIP. Un professionnel quelconque possédant une page fan à son nom pêche par orgueil, pour ainsi dire.


Sur Twitter, pages et profils se confondant, on ne peut pas critiquer un Community Manager possédant un compte à son nom (le cas échéant je serai le premier à me blâmer). Cependant, il arrive que le personal branding déborde très largement sur le compte de certains Community Managers. On remarque ainsi que des Community Managers qui sont censés être toute la journée au charbon, tweetent en réalité énormément sur leur propre compte. S’il est possible de programmer un certain nombre de statuts, il est évident que tous ne le sont pas. Ces Community Managers, en tweetant beaucoup, vont chercher systématiquement le RT (équivalent du partage sur Facebook), le commentaire, bref… leur visibilité. Ils (ou elles) passeront aussi du temps à réseauter, gonfler le nombre de leurs abonnés, pour se donner un semblant de popularité (et donc de légitimité ?).

Tenez le pour dit : Que ce soit pour son compte ou celui des autres, le Community Management prend du temps. Et le temps est une donnée incompressible. Un professionnel qui consacre du temps à faire sa promotion passera forcément moins de temps à promouvoir ses employeurs.

En outre, il est déjà arrivé que certains Community Managers (dont l’égo de gourou du web déborde vraiment) se mettent à faire leur promo en utilisant le réseau de leur employeur, se comportant ainsi en véritables parasites : publication de billets de blogs personnels sur la page Facebook et le compte Twitter officiel de la marque, bio ou avatar mettant en avant le Community Manager, utilisation de listes emailing, ajout des nouveau fans et abonnés de la marque pour faire grandir son propre réseau, etc.

Si vous recrutez quelqu’un qui passe beaucoup de temps à s’occuper de son personal branding, il y a fort à parier que sa page passera toujours avant la vôtre.


Le profil professionnel avec 5000 amis Facebook

De mon point de vue, un profil qui compte autant de membres apparaît immédiatement comme un profil dont le but est d’avoir le réseau le plus large possible, sans discernement des membres ajoutés. Un réseauteur pareil aura du mal à qualifier votre réseau et à lui donner de la valeur.

Selon moi, les profils qui ont un maximum de 300 à 500 amis sont les plus indiqués. Ils ne sont pas moins sollicités que les personnes possédant un réseau apparent plus large. Mais ils privilégient toujours plus de vrais échanges avec leur entourage, et seront capables, pour votre entreprise, de développer un vrai réseau.

Et si cela a tant d’importance à mes yeux, c’est parce que cette façon plus personnelle de communiquer a davantage d’impact, et produit clairement plus de résultats. Souvenez vous que le moins n’est pas l’ennemi du plus, et qu’il est au contraire garant de qualité.


L’étudiant d’école de commerce en formation marketing/communication qui n’a pas la curiosité d’aller au delà

Quand on a fait des études exemplaires et très coûteuses, on affiche souvent avec fierté l’appartenance à son école. Une manière aussi de se valoriser dans un pays qui attache une importance disproportionnée à la formation suivie (à l’école comme au diplôme).

Si j’ai tendance à trouver vraiment cool le fait d’avoir des communautés et réseaux qui se créent autour des écoles (ça manque encore aux lycées et universités), avoir fait une école ne signifie pas que vous avez le meilleur « bagage », car toutes les Ecoles de commerce, de management ou d’informatique ne se valent pas. Certaines valent même moins qu’une bonne université, en raison de l’enseignement qui y est dispensé.

Parmi les étudiants diplômés, je préfère les Homo Sapiens Internetus : instinctifs, passionnés, polyvalents, ils ont toujours eu la curiosité d’Internet et en avaient déjà un usage avancé, semi-professionnel avant leurs études. Plus que les réseaux sociaux, ils embrassent le web en général. Et savaient ce qu’est le SMO, SEO, le social bookmarking, le crowdsourcing, un billet sponso, une campagne de blogs, (ou encore un troll) avant de l’étudier en cours, étaient contributeurs sur 15 forums web différents et savent même bidouiller des pages web HTML, et feuille de style CSS. Ce ne sont pas forcément des personnes ayant été dans une école de commerce ou de marketing, ils viennent même plus souvent de filières rattachées à l’Université : DUT SRC, Infocom, Licence Pro Référencement et Rédaction Web, Master Caweb, etc.

Quand je me retrouve face à un CV, peu importe les études, je me pose toujours ces questions :

  • Est-ce que le profil que j’ai sous les yeux gère son identité numérique ?

  • Effectue t’il à titre personnel une veille constante et une sélection d’informations avec Diigo ou Delicious

  • Utilise t’il un client Twitter professionnel comme Tweetdeck ou Hootsuite pour organiser sa publication de statuts ?

  • Est-ce que, si c’est un blogueur, celui-ci a déjà organisé un jeu concours sur son blog ? Tient-il un blog sur la vie étudiante de son établissement ? Ou encore partage-t’il ses passions avec d’autres passionnés (cinéma, mode, cuisine, aviation, sport, etc.) ?


  • Ces nombreux blogueurs « expert du web 2.0 » qui n’inventent rien

    Il est très délicat de juger un Community Manager à son blog. J’en connais qui n’en possèdent pas, ce qui n’enlève rien à leurs compétences, et d’autres bloguent sans être réellement autre chose que des Community Managers autoproclamés. Après m’être intéressé à certains blogs collaboratifs traitant du Community Management, je m’en suis détourné. De nombreux auteurs se contentaient de pondre des articles complètement creux, me poussant à mettre en doute leur connaissance du sujet. Je préfère encore ceux qui ne prennent pas de risque en faisant uniquement de la curation sur leur blog. Si leur vision du Community Management est immature, cela ne se remarquera pas.

    Une entreprise qui souhaite communiquer sur les réseaux sociaux a besoin de professionnels passionnés. Des professionnels qui montrent leur engagement en créant un contenu original ET pertinent sous des formes diverses (billet de blog, PPT, ebook, vidéo, infographie, mapping, dataviz, etc). Des professionnels qui partagent une véritable vision du Community Management en entreprise.


    Le professionnel qui manque de recul face aux informations qui lui parviennent

    Sur les médias sociaux, on est confronté à une information très abondante qui arrive de tous les côtés (Lecteur de flux RSS, système d’alerte par mot clé, tweets et statuts Facebook sur la timeline…) Faire le tri, prendre du recul est nécessaire pour conserver un regard critique sur l’information et ne pas publier n’importe quoi. Mais, mais… ça prend du temps ! Et souvenez vous le temps est une donnée incompressible. Ce que fera donc un certain nombre de Community Managers, sera de publier des informations qui arrivent sous leur nez, sans les lire et même citer leurs sources (pourtant salutaire en cas de pépin). Pire, en étant toujours dans la publication instantanée, il y a peu de rétention d’information. Que reste t’il de toute une veille effectuée sans discernement pour une entreprise ? Fait-elle l’objet d’un billet de blog de temps en temps ? Ou de rapports hebdomadaires à la hiérarchie ?.

    Ce point me paraît pourtant primordial. Un gestionnaire de communautés a son esprit critique sollicité en permanence et il sollicite également beaucoup celui des autres. Ensuite, si un Community Manager diffuse pour le compte d’une entreprise des informations à côté de la plaque (ou de la ligne éditoriale) celle ci perd en crédibilité. De la même manière, une quantité abondante d’informations regorge de perles rares, précieuses pour le SI d’une entreprise. Pour qu’elles puissent être exploitées, il faut au préalable se pencher dessus… combien le font ?


    Le curateur : il ne fait pas forcément un bon blogueur et n’est pas un relais d’opinion pour votre entreprise

    Etant donné le point précédent, on se dit que le curateur pourrait être un profil recommandable. En effet, la curation reflète une aptitude à s’approprier un sujet, à manipuler l’information sous toutes ses formes, la classer, la re-publier sous une autre plus ou moins réussie.

    En ce qui me concerne, je pense que la mission du Community Manager nécessite de savoir faire de la curation. Et je considère que c’est à la portée de presque n’importe qui grâce à des outils comme Storify, Media Heroes, Scoop.it ou Pearltrees.

    Mais à la différence des blogueurs qui s’illustrent à travers leur style, le message qu’ils font passer, leurs découvertes occasionnelles toujours agrémentées d’un regard critique, les curateurs ne sont pas des producteurs de contenu. Cela a une conséquence majeure : alors que le blogueur peut tisser de véritables échanges autour de son propre univers, un curateur aura un impact très faible sur sa communauté, en terme d’influence. Un curateur sera suivi dans un domaine précis sans pour autant avoir la capacité d’attirer l’attention sur les produits d’une entreprise. De plus, un blogueur véhicule constamment des messages et valeurs propres. N’est-ce pas là la raison d’être d’une communication d’entreprise ?



     

    Il y a quelques années, il n’existait pas de profil type du Community Manager. De plus en plus de formations spécialisées émergent. Je ne sais pas si elles se valent mais au final, elles ont toutes vocation à créer des profils de Community Manager.

    En ce qui me concerne, le profil d’un Community Manager devrait refléter :

  • Altruisme, générosité, goût pour la communication avec autrui

  • Une bonne culture du web et une connaissance pointue des médias sociaux, en particulier ceux du domaine d’activité de l’employeur

  • Une identité numérique soignée

  • La capacité à traiter une information et à se l’approprier

  • La capacité à s’effacer derrière la marque en tant qu’individu

  • La capacité à personnifier une marque, à lui apporter une dose d’humour, de créativité, et de répartie

  • La capacité à représenter la marque dans des évènements (salon, conférences, etc.)

  • Le sens de l’animation d’un évènement à distance (création de hashtag, livetweets, réponses aux commentaires)

  • Un certain sens de la pédagogie (utile pour sensibiliser collègues, former des clients aux réseaux sociaux)

  • Un bonne maîtrise des outils web et mobile

  • Une bonne maîtrise d’un ou deux outils de CRM

  • Une bonne maîtrise d’une langue étrangère si la cible de l’employeur n’est pas uniquement française.

  • Un bon sens de l’organisation, une méthodologie

  • Il n’existe pas de grille d’évaluation miracle pour séparer le bon grain de l’ivraie, mais arrivé au cap de l’entretien, il peut toujours être utile de poser ces quelques questions : Quelle est le bilan de vos expériences passées, votre vision du Community Management dans mon entreprise et qu’allez vous m’apporter ? Êtes vous un passionné, communiquez vous pour la postérité, ou serez vous comme mes autres salariés qui comptent leurs heures supplémentaires ?

    Ne craignons pas de poser ces questions. Le Community Manager doit être exceptionnel. A l’image des ambitions et moyens qu’une entreprise se donne.

    Résumé
    Titre
    Recrutement : Ces Community Managers à ne pas engager
    Auteur
    Description
    Le saviez-vous ? Tous les community managers ne se valent pas, et ce n'est pas forcément dans les formations marketing que vous trouverez les meilleurs...
    1. Hello Max !

      Merci pour cet article.

      Cependant, pour l’étudiant en ESC, je ne comprends pas bien l’opposition que tu fais entre le fait de trouver cool « d’avoir des communautés et réseaux qui se créent autour des écoles » et le fait que d’ « avoir fait une école ne signifie pas que vous avez le meilleur « bagage », car toutes les Ecoles de commerce, de management ou d’informatique ne se valent pas ».

      Pour ce que j’en vois, les ESC qui donnent les manettes du CM à un étudiant, c’est de l’ordre de l’anecdotique…

      • Hello Thomas,

        Tu es sans nul doute mieux placé que moi pour parler du Community Management au sein des ESC.

        Tu me donneras peut être tort, mais oui je pense que les ESC qui confient les manettes du CM à un étudiant ne sont pas si nombreuses. Elles ont pourtant à priori de bonnes raisons de le faire : un étudiant serait toujours plus au fait de ce qui se passe dans son université qu’un professionnel externe à l’école. Il serait aussi plus fédérateur auprès de ses pairs. En terme d’image cela montrerait à quel point la confiance, la proximité sont fortes entre le corps étudiant et les responsables de l’école. Et le coût financier serait aussi moins important par rapport à une agence.

        Les ESC qui confient le Community Management à des professionnels externes le font en connaissance de cause, mais je suis certain que le jour où un nombre plus important d’étudiants auront un usage professionnel poussé des réseaux sociaux, il y aura du changement.

        Les étudiants comme toi qui assument sur plusieurs années le métier de Community Manager engrangent en attendant une expérience incomparable par rapport à leurs pairs, et une fois leurs études finies, ils pourront prétendre sans aucun problème à un poste similaire dans une grande entreprise, s’ils le souhaitent.

    2. J’avoue… sur le coup j’ai cru à un énième billet sur « boooouh y’a des mauvais community manager, lapidons-les ». En fait, billet très instructif et qui met en avant des vérités pas assez comprises (-le nombre d’amis Facebook… totalement d’accord). Bref, super :)

    3. Je partage une bonne partie de tes arguments sur la question. J’avais aussi un peu peur de l’article cliché mais finalement non c’est une analyse personnelle de la question, on peut y adhérer où non en fonction du type de CM que l’on est :D

    4. Merci !
      Merci pour cet article clair, exhaustif, argumenté et approfondi !!!

    5. J’appends beaucoup en lisant cet article qui est donc à mon avis très intéressant et je vous en remercie.

      SCHOEPFF
    6. Bonjour , merci pour votre article plus qu ‘ intéressant , je gère une entreprise d ‘ impression numerique grand format a Bischheim , et nous cherchons une personne ayant le profil et le qualités que vous décrivez . Au cas ou … N ‘hésitez pas a me contacter. Cordialement Philippe Samoy

      Samoy

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