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Quora, un buzz pour rien ?

Vous le savez, j’aime beaucoup tester de nouveaux services social media, qu’ils fassent le buzz ou non, pour m’en faire un avis et le partager ensuite. Le dernier réseau social pour lequel je me suis emballé a été Foursquare ; tout ce qui a suivi après, Empire Avenue, Diaspora, Path et j’en passe, est déjà de l’histoire ancienne. Quora, dont tout le monde parle depuis quelques jours suivra t’il le même chemin ?

2011, ou l’avènement de l’intelligence collective ?

La nouveauté de ce début d’année, que découvrent la plupart des blogueurs, c’est Quora. Ce réseau social, créé par deux ex de Facebook en janvier 2010, Robert Scoble et MG Siegler, faisait le bonheur d’une élite intellectuelle et blogueuse de la Silicon Valley. Le principe de la plateforme consiste à poser des questions à la communauté, et à apporter des réponses pertinentes, construites, savantes, expertes, aux autres. Ne dites surtout pas à ses membres que la plateforme reprend les concepts existants de Wikipedia et Yahoo Answers, cela les choquerait.

Le but de Quora est d’apporter un nouveau système de recherche d’informations en temps réel, dont les réponses seraient plus pertinentes que celles de Google, car alimentées entièrement par un réseau humain, des contributeurs identifiables et spécialisés. La motivation principale pour contribuer, la voici : plus on est pertinent, plus on actif, plus on gagne en popularité. Quora, c’est la démocratie du savoir, le triomphe de la réflexion.

A l’Ouest, rien de nouveau

Le hic c’est que Quora arrive justement après Google, Facebook, Twitter, sans apporter la révolution au niveau de la collecte d’informations ou de sa diffusion, nécessaire pour surclasser ses aînés. Il est toujours question de formulaire de recherche, de followers, d’amis, etc. Techniquement parlant, Quora se contente de reprendre ce qui a fait le succès des autres.

Quora est réservé à une élite

Lorsque vous assistez à une conférence et que vient le moment des questions, combien d’interventions dénombrez-vous ? Tous les gens se bousculent ils pour poser une question ? Non. Quand vous posez une question sur Twitter ou sur votre blog, combien de personnes de votre communauté vous répondent ? Une minorité. Il y a un fait indiscutable : Offline comme online, la production, la contribution spontanée sont l’apanage d’une minorité. Et la contribution objectivement qualitative (difficile à définir objectivement, mais vous aurez compris) est plus infime encore.

Tout le monde ne souhaite pas, ou n’est pas capable de contribuer.


Twitter, à la baseline de départ pas exigeante (What Are You Doing?) a mis du temps à décoller, et comprend aujourd’hui 90% de comptes peu actifs voir inactifs.

Quora, d’emblée, se veut élitiste dans son approche, en mettant en avant les questions/réponses pertinentes. C’était l’idée de Wikipédia aussi, mais la contribution a fonctionné sur Wikipédia car elle était anonyme et que tout le monde pouvait lire les articles et leurs révisions. Sur Quora, pas moyen de produire du contenu anonymement, et de le suivre sans être inscrit.

C’est donc pour cette communauté minoritaire d’experts de domaines variés, productrice et aussi grande consommatrice de contenus, qui souhaite se mettre en avant, que peut être intéressant un réseau comme Quora. Pas étonnant donc, que l’on voit circuler sur des blogs, des messages du genre : « Quora est plus à même de plaire que Twitter », « Quora va devenir plus grand que Twitter ». Quora est utile à cette blogosphère experte, et elle le lui rend bien.

Vers une chute annoncée de Quora ?

Je suis moi même blogueur et technophile. Si ce n’était pas le cas, je n’aurai jamais songé à m’inscrire sur Quora, et partager mon avis dessus. Mais il y a quelque chose qui ne me rassure pas avec le nouveau buzz de Quora.

La spéculation autour des réseaux sociaux

Depuis quelques temps, on assiste à un engouement des médias pour les nouveautés du web, ceci est une bonne chose. Mais dans le même temps, nous assistons à une bulle spéculative où les réseaux sociaux prennent des valeurs financières absolument délirantes. Alors que l’on attribue à Steve Jobs, (le St Père des iPhone-/ iPod-/ Mac-users) une fortune de 4 milliards de dollars, Mark Zuckerberg pour son seul réseau social Facebook se voit crédité d’une fortune de 12 milliards d’euros, et est la vedette d’un film hollywoodien, tout juste récompensé de 4 Golden Globes !

N’en fait on pas trop ? A force de parler de succès de réseaux sociaux, après avoir été surpris par leur impact sur la société, voudrions nous trop prédire les prochains ? Je vois le spectre de la Bulle Internet planer à nouveau, dix ans après.

En cas de succès, Quora sera racheté et disparaîtra

Si le buzz passé, l’activité de Quora s’intensifie il y a fort à parier que les deux poids lourds du web Google et Facebook chercheront à racheter le réseau. On a déjà vu ça par le passé, et cela n’augure jamais du bon pour les utilisateurs.

La contribution des masses et la perte de valeur du réseau

C’est un phénomène universel, que l’on constate sur toutes les plateformes sociales. Au départ, c’est une élite du web passionnée (presque) totalement désintéressée qui contribue, et avec le succès grandissant, une vague de nouveaux inscrits, intéressés par un potentiel marketing ou simplement curieux, viennent cette fois en masse sur la plateforme. Il y a ainsi de fortes chances qu’avec un éventuel succès de Quora, on assiste à une baisse de la pertinence des contributions. Dans un cas, soit le réseau social reste pertinent, avec une minorité qui contribue ; dans l’autre, une nouvelle vague de contributeurs moins compétents fait perdre l’intérêt principal de la plateforme : la pertinence.


A travers Quora, y a-t’il matière à s’enthousiasmer ou à s’inquiéter ? Le buzz créé par TechCrunch et repris frénétiquement par les blogueurs français me montrent en tout cas que beaucoup veulent y voir un intérêt. Bien que personne ne possède de statistiques du taux d’utilisation de Quora et le temps passé dessus. Passé la question du buzz et du succès anticipé de Quora, il y a un autre point, que je voulais soulever. A travers Quora, on accepte enfin ce qui se passait déjà sur Twitter et Facebook : la possibilité d’échange « virtuels » pertinents. Les réseaux sociaux sont arrivés à leur point culminant, on comprend enfin leur importance, on ne regarde plus les connectés comme des associaux mais au contraire comme des gens « branchés » en marche vers la révolution. La question que pose Quora, c’est ce qu’il y a après. Passé l’engouement évident, l’effet de mode, comment cela va t’il évoluer ? Nous sommes à l’âge d’or des réseaux sociaux, projetons nous maintenant au delà.

Une sélection d’articles sur Quora

Pourquoi Quora plait il au blogueurs ? sur Owni
Premières impressions d’un blogueur sur Quora chez DeuxCroissants
Quora, le site qui va devenir plus grand que Twitter sur GeekCestChic
Découvrir l’identité de quelqu’un avec Quora, chez Waebo
Les défis que Quora devra relever pour grandir, sur SocialTimes
Plein de statistiques sur Quora en une infographie, par KISSMetrics
Quora pourrait boulverser la manière de faire de la politique, chez Christophe Ginisty.
 




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Publié par

Max Schleiffer

Consultant social media freelance depuis bientôt 7 ans, je vis et travaille à Strasbourg depuis 9 ans dans l'univers des médias sociaux. J'enseigne les bonnes pratiques du Social Media Marketing à l'Université de Strasbourg et à l'UHA. Mes prestations | Mon approche | Me contacter

2 réflexions au sujet de « Quora, un buzz pour rien ? »

  1. Article intéressant, si je partage votre doute sur un succès populaire de Quora (ce qui n’est pas forcement un mal pour la qualité des interventions).

    Par contre, une petite remarque sur
    « pas moyen de produire du contenu anonymement » : c’est tout à fait possible

  2. Je partage tout à fait votre vision d’un buzz très marketing, orchestré par des stratèges en vue, autour d’un service élitiste et somme toute intimiste.

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